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Union africaine : L'AUTORITÉ REMPLACE LA COMMISSION
C'était le sommet de toutes les incertitudes. Même l'hôte de la rencontre, le Guide de la révolution libyenne, Mouammar El Khadafi, en un certain moment des débats, n'a pas caché son exaspération devant la lenteur avec laquelle l'Autorité de l'union pour laquelle la conférence des chefs d'État délibère depuis deux ans, tarde à se concrétiser. Sur la question deux positions s'affrontaient depuis le sommet d'Accra. D'un côté il y avait les chefs d'États qui prônaient une démarche graduelle pour arriver à bon port et de l'autre ceux qui pensaient qu'il faut aller tout de suite à cette union sacrée. Au terme d'âpres négociations, le sommet est parvenu à un compromis tôt vendredi matin et a adopté de manière consensuelle le projet de transformation de la Commission de l'Union africaine en Autorité de l'Union. Toutefois, pour mettre en œuvre cette décision les chefs d'État et de gouvernement doivent amender l'acte constitutif de l'Union et exhorter les États membres à accélérer la ratification des amendements. En outre des amendements aux protocoles et aux règlements intérieurs de l'Union seraient nécessaires
ÂPRES NEGOCIATIONS. Dans la structuration de l'Autorité, les chefs d'État et de gouvernement ont repris les propositions contenues dans le rapport du comité exécutif de l'Union (Assemblée des ministres des Affaires étrangères) qui s'est tenu en avril dernier à Tripoli, notamment la création d'un poste de président et d'un autre de vice-président et de huit secrétaires (antérieurement appelés commissaires). Mais les propositions de Mouammar Khadafi demandant à prendre en compte, les postes de secrétaire de la défense commune, de la sécurité, et de la coordination des affaires extérieures ont été avalisées. C'est ainsi qu'un poste de coordonateur de défense commune a été créé dans l'Autorité. Tout comme un secrétaire chargé de l'Industrie. De même les prérogatives de certains secrétaires ont été renforcées pour intégrer d'autres suggestions du Guide de la révolution libyenne. De ce fait, le secrétaire au commerce va s'occuper du dossier du nouveau partenariat pour le développement économique de l'Afrique (NEPAD).Par contre les chefs d'État et de gouvernement n'ont pas accepté de supprimer les organes de l'Union africaine et de transférer leurs compétences au niveau de l'Autorité qui serait devenue ainsi le seul organe exécutif de l'Union.Ils ont cependant maintenu en plus de l'Autorité, la structure actuelle de l'Union africaine qui comprend la Conférence (qui regroupe les chefs d'État et de gouvernement), le Comité exécutif (qui réunit les ministres des Affaires étrangères ou assimilés), le Conseil de paix et de sécurité, le Parlement panafricain, la Cour africaine des droits de l'homme et le Comité des représentants permanents qui comprend les ambassadeurs des pays membres accrédités auprès de l'Union et enfin l'Autorité, la dernière née des institutions de l'Union. Il sera donc nécessaire de procéder à la révision du cadre institutionnel de l'Union pour permettre à ces organes de jouer un plus grand rôle dans l'accélération du processus d'intégration continentaleAuparavant les chefs d'État et de gouvernement avaient, la veille, demandé au conseil exécutif de se réunir d'urgence pour adopter un seul texte pour la transformation de la commission de l'UA en Autorité. Cette décision a été prise à l'issue de quatre heures de débats qui polarisaient toutes les attentions, les chefs d'État et de gouvernement estimant qu'ils ne pouvaient délibérer sur la question du fait que deux textes leur ont été soumis. En l'absence d'un rapport final sur les travaux du conseil exécutif, le président du Conseil exécutif, le secrétaire aux affaires de l'UA auprès du comité populaire libyen des relations extérieures et de la coopération internationale, Ali Triki, avait présenté un texte comportant les propositions du Guide libyen. Celles-ci consistaient à ajouter aux domaines de compétence de l'Autorité, la défense, la sécurité et la coordination des affaires extérieures. Il s'agissait aussi de donner les pleins pouvoirs exécutifs à l'Autorité qui absorberaient tous les autres organes. En revanche ces amendements ne figuraient pas dans le second texte soumis aux délégations. Ce texte adopté par le Conseil exécutif lors de sa session extraordinaire en avril dernier à Tripoli était le seul authentique pour certaines délégations.Une longue discussion s'en était alors suivie, la question étant de savoir sur quel texte se fonder pour étudier le sujet de la transformation de la Commission en Autorité.
EXTRÊME FRAGILITE. C'est ainsi que les chefs d'État et de gouvernement ont renvoyé jeudi tard dans la soirée les deux textes aux ministres des Affaires étrangères pour qu'ils harmonisent leurs positions avant la reprise des travaux au petit matin. Mouammar El Khadafi, très remonté, a alors déclaré aux chefs d'État et de gouvernement qu'il ne se bat pas à l'Union africaine pour les intérêts de son pays, la Libye ayant suffisamment de ressources pour relever, sans le continent noir, les défis du développement. "Nous sommes proches de l'Europe et l'Union pour la Méditerranée nous fait une cour assidue. Mais nous restons profondément panafricanistes" a t-il déclaré, avant de claquer la porte de la conférence. Auparavant il avait attiré l'attention de ces pairs sur le fait qu'à l'issue de cette session, il ne participera plus à un débat sur le gouvernement de l'Union. Mouammar El Khadafi sera rattrapé avant de franchir le portail de l'immense complexe Ouagadougou de Syrte où se tenait la conférence par les présidents Amadou Toumani Touré et Yaya Jammeh de Gambie pour le ramener à la raison. Il accepta l'intercession des deux chefs d'État. C'est ainsi qu'il convoqua tous les chefs d'États présents en un sommet restreint sur un site improvisé la même nuit au bord de la Méditerranée.C'est au cours de cette rencontre que les parties ont fait les concessions devant aboutir à un consensus. L'essentiel, c'est à dire l'unité, aura été sauf. Mais ce 13ème sommet aura mis à nue l'extrême fragilité de l'organisation continentale. Comme l'a si bien dit Louis Michel, le commissaire au développement de l'Union européenne, la réalisation de l'Union connaîtra les mêmes difficultés que l'unité de l'Europe. Mais pour que l'UA parvienne au stade unitaire atteint par l'Union européenne, il n'y a qu'une seule formule qui est le dialogue entre pays qui doivent se convaincre les uns et les autres qu'on est plus fort quand on relève les défis ensemble, quand on apporte les solutions aux problèmes auxquels tout le monde est confronté" a déclaré le commissaire européen.Pour le président Touré les résultats de ce sommet sont à hauteur de souhait. Car depuis de nombreuses années, l'Afrique travaille à son intégration. Ces dernières années deux groupes aux conceptions antagoniques peinaient à trouver un consensus sur le mode opératoire idoine. "Ici à Syrte nous avons trouvé la solution. Ce qui s'est passé est historique, la commission est devenue une autorité avec tout ce qui peut être considéré comme un gouvernement" a t-il commenté à la presse nationale à l'issue du sommet.
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