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Tarifs d'électricité : UN REAJUSTEMENT NECESSAIRE ET MODERE
C'est aujourd'hui qu'entre en vigueur le réajustement
sur les tarifs de l'électricité sur toute l'étendue du pays. La mesure prise, il y a environ un mois, précisément le 26 mai dernier, consiste en une légère augmentation du prix de l'électricité pour les clients appelés grands consommateurs. L'annonce de cette hausse a fait couler beaucoup d’encre et de salive car elle intervient dans une conjoncture économique difficile e t sur des factures d’électricité souvent contestées dans le public. La Commission de régulation de l'eau et de l'électricité (CREE) se devait de rassurer l’opinion. Son président, Moctar Touré, a ainsi indiqué que la nouvelle politique tarifaire devait aboutir à un service de qualité et rappelé que le secteur eau n'est pas concerné par le réajustement tarifaire. La mesure s’avérait nécessaire car Énergie du Mali (EDM-SA) éprouve, ces derniers temps, des difficultés financières qui pourraient avoir des conséquences désagréables sur ses prestations, si rien n'était fait.La hausse, pour nécessaire qu’elle soit, ne concerne toutefois pas tous les consommateurs. La clientèle classée dans les deux premières tranches du tarif social, autrement dit celle qui dispose d'un compteur 2 fils de 5 ampères et dont la consommation mensuelle ne dépasse pas 100 kwh, est épargnée de l’augmentation des tarifs.
DEUX CATÉGORIES DE CONSOMMATEURS. Deux types de consommateurs sont concernés par la mesure. Il s'agit d’abord de la catégorie qui se situe dans les 3è et 4è tranches du tarif social. Autrement dit les consommateurs qui disposent d'un compteur 2 fils de 5 ampères et dont la consommation mensuelle dépasse 100 kwh. Cette tranche de consommateurs verra sa facture augmenter de 3% pour ceux qui consomment au-delà des 100 premiers kWh.La seconde catégorie inclut tous les autres consommateurs, en particulier ceux astreints au tarif normal disposant d'un compteur de 2 fils de plus de 5 ampères ou d'un compteur 4 fils. Ils subiront un ajustement de 5% tout comme les tarifs moyennes tensions et l'éclairage public Cependant, précise le premier responsable de la CREE, les redevances mensuelles pour l'entretien et la location des compteurs ainsi que les avances sur consommation ne changent pas.Pourquoi cette mesure et pourquoi maintenant ? Moctar Touré relève assez justement qu’il n'y a pas de moment privilégié pour procéder à un réajustement tarifaire. Les tarifs de l'électricité, explique-t-il, obéissent à un certain nombre de principes définis dans la loi régissant le secteur de l'électricité dans notre pays. Ces principes sont complétés par des dispositions spécifiques du contrat de concession de l'électricité liant l'État à l'opérateur EDM-SA. Le tout doit concourir à atteindre un ensemble d'objectifs de performance et d'efficacité du secteur de l'électricité. Ces principes sont de trois types : la viabilité financière à long terme, l'efficience allocative et productive et l'équité ou l'efficience distributive. "Ces différents aspects exigent des tarifs basés sur les coûts budgétisés qui permettent à l'opérateur de couvrir l'ensemble des dépenses et des charges justifiées par les besoins de l'exploitation. Les tarifs doivent comprendre un taux de rentabilité adéquat qui permet au concessionnaire d'attirer et de rémunérer correctement et équitablement les capitaux nécessaires aux investissements. D'autre part les tarifs doivent être conformes à la politique énergétique du gouvernement et viser à stimuler l'efficacité dans l'utilisation de l'énergie électrique et à optimiser l'utilisation des capacités de production, de transport et de distribution, tout en incluant les coefficients d'ajustement des prix des principaux composants des coûts. Ce qui permet de compenser l'effet de l'évolution des principaux paramètres que l'opérateur ne maîtrise pas", détaille le président de la CREE. Ces tarifs incorporent un terme d'ajustement à la baisse qui contraint l'opérateur à augmenter sa productivité, sans discrimination tarifaire pour tel ou tel type d'usagers.On aura compris de ces doctes explications, qu’EDM ne peut se permettre de dépenser plus qu’elle ne possède, qu’elle se doit de demeurer attractive pour les investisseurs tout en respectant la politique énergétique définie par les pouvoirs publics et en évitant de trébucher sur des événements inattendus comme par exemple la vertigineuse hausse des prix des hydrocarbures l’année dernière.Mais l’équilibre financier n’est pas tout puisqu’au-delà des principes réglementaires et des exigences contractuelles, le tarif de l'électricité constitue aussi un signal économique et un vecteur de solidarité, souligne Moctar Touré. Solidarité des plus nantis envers les couches défavorisées (à travers le tarif social), mais aussi solidarité des plus chanceux (les abonnés actuels d’EDM) envers leurs concitoyens qui attendent impatiemment la fin des grands chantiers en cours pour recevoir enfin le courant.De ce point de vue, le président de la CREE indique que la hausse ne devrait pas faire trop de "dégât" dans la clientèle de EDM-SA dont la moitié n’appartient pas aux catégories concernées par l’augmentation des tarifs.
RÉSULTATS NETS DÉFICITAIRES. Ce réajustement, ajoute Moctar Touré, marque aussi la volonté des pouvoirs publics de soutenir les efforts consentis par EDM-SA ces dernières années pour faire face à une forte augmentation des coûts des facteurs de production en général, et ceux des combustibles et des pièces de rechange en particulier. En effet, pour répondre à la forte croissance de la demande d'énergie électrique (10% en rythme annuel moyen), EDM-SA a accru le recours aux sources d'énergie thermique. La part du thermique dans l'offre globale d'énergie électrique est ainsi passée de 23% en 2006 à environ 45% en 2007. Le reste étant couvert par les sources hydrauliques. Pendant ce temps, les tarifs de l'électricité appliqués depuis le 1er janvier 2004, n'ont pas bougé d’un franc. Résultats : EDM-SA a enregistré des résultats nets déficitaires durant les exercices 2006 à 2008. Sans les appuis du gouvernement, la qualité et la continuité du service public de l'électricité auraient été compromises. Les simulations effectuées par la Commission de régulation de l'eau et de l'électricité montrent à l'évidence que sans réajustement tarifaire, EDM-SA resterait largement dans le rouge durant la période 2009-2013. A partir de là, deux pistes s’ouvraient : investir pour accroître les capacités de l'offre et agir sur la demande ou sur l'offre afin d'assurer l'équilibre, soit par le délestage ou par un réajustement tarifaire. "Nous avons opté pour la seconde option, car elle permet de maintenir l'activité économique en marche", a indiqué le président de la CREE.Les pouvoirs publics, conscients des enjeux, ont multiplié les initiatives dans le cadre d'une stratégie globale et volontariste. Cette stratégie s’est concrétisée par de nombreux chantiers et projets d'infrastructures énergétiques qui régleront dans un proche avenir, et pour longtemps, le problème de couverture des besoins en énergie à moindre coût et de l'accès du plus grand nombre de nos concitoyens à ce service clé. La signature la semaine dernière d'accords d'un montant de 60 milliards Fcfa dans le cadre du Programme d'appui au secteur de l'énergie (PASE) participe de cet élan. Cet appui important, commentera Moctar Touré, au-delà de son caractère financier, est une chance mais aussi et surtout un défi pour notre pays. Car nous nous devons d'atteindre l'objectif principal qui est de disposer d’un secteur énergétique performant, tant en terme de qualité que de coût. Le président de la CREE se montre confiant : "l'ajustement tarifaire est comme une dose de vaccin pour mieux préparer des jours meilleurs. Dans un avenir proche, les usagers pourront jouir d'un secteur énergétique de qualité et performant. Qu'ils se rassurent, les dispositions sont prises pour ramener les tarifs en cas d'amélioration des conditions financières de l'opérateur qu'est EDM-SA. Nous leur demandons de rester comme ils l'ont toujours été, de faire confiance et de savoir gérer leur besoin énergétique". De bons conseils qui n’empêcheront cependant pas une dose d’appréhension en attendant de voir les factures d’électricité de juillet.
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