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Fils électriques : ATTENTION, DANGER !
La semaine dernière, nous rapportions dans
notre rubrique des faits divers, sous le titre «la mort au bout du câble» (voir L’Essor n° 16460 du 10 juin 2009), un accident survenu quelques jours auparavant. Un jeune élève de l’école "Liberté" de Bamako, dont les parents vivent en France, a posé la main sur un câble qui passe à quelques centimètres du balcon du deuxième niveau de la maison familiale. Le petit a été foudroyé par u ne décharge électrique. Il rendra l’âme peu de temps après son admission à l’hôpital Gabriel Touré. Le père du garçon a porté plainte contre EDM par l’intermédiaire d’un avocat, a-t-on appris auprès de sources policières.Le commissaire principal Moussoudou Arby en charge du 15e arrondissement relève que le décès de l'élève de "Liberté" n’était pas le seul cas d'électrocution survenu ce 29 mai. Un autre garçon a été tué, pratiquement calciné dans les mêmes circonstances, dans le même secteur et le même jour. Ce dernier n’a pas eu la chance, si on peut parler de chance, d’arriver vivant dans un centre de santé. Le choc a été si violent qu’il se retrouva à terre totalement noirci par la force de la décharge électrique. Nous avons, suite à cette information, pris contact avec la direction de la société Énergie du Mali (EDM) pour essayer de comprendre comment de tels accidents pouvaient survenir. Mais auparavant, nous avons tourné en ville pour nous faire une idée de la disposition de certains bâtiments par rapport aux fils des hautes et moyennes tensions dans la capitale. Nous avons commencé notre tournée à Bacodjicoroni Golfe. Le premier accident a eu lieu dans cette zone. Le quartier est neuf et en pleine expansion. Tous les jours, des immeubles sortent de terre comme des champignons.Les manœuvres et les ouvriers qualifiés passent une grande partie de la journée à démolir et à reconstruire des habitations de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Dans une rue bordant le siège d’une ONG internationale, un nombre impressionnant d’ouvriers s’activent à couler le béton du toit d’une maison. Ils chantent, crient et s’encouragent en plaisantant. Les pelles volent. Les brouettes vont et viennent remplies d’un mélange de sable, de gravier et d’eau. C’est, semble-t-il, le moment idéal pour eux d’attiser leur parenté à plaisanterie (Sinankounya). Rien de surprenant dans un pays où ce type de relation aide à résoudre les différends entre les personnes. Cette fraternisation facile sert aussi à se donner du courage ou au moins du cœur au ventre pendant les moments difficiles. L’ambiance au chahut aurait presque pu faire oublier le danger tout proche, à moins de 50 centimètres de ces hommes en habits de travail, couverts de ciment et de sueur, passent des fils de moyenne tension. Les ouvriers ignoraient-ils que la mort planait sur leur tête ? Un simple faux pas ou un balancement incontrôlé de la pelle, "c’est la mort", prévient le directeur de la communication d’EDM-SA, Tiona Mathieu Koné. Plus loin, dans la rue des "30 mètres", tous les immeubles longeant cette voie importante sur la rive droite font face à des poteaux de moyenne (soit 15000 volts). Certaines maisons dont les propriétaires se reconnaitront, touchent pratiquement les trois fils. Les antennes T.V. hérissant les toits représentent un danger permanent. Les balcons et les balustres qui servent de garde-fou, jouxtent les fils électriques.
CONSTRUITS SUR LES TUYAUX. Autre quartier – Magnambougou -, danger similaire. Les fils de haute tension tirés depuis Sélingué traversent des cours habitées et des concessions anciennement rurales. L’exemple le plus frappant est fourni par la situation d'une école privée dirigée par un ancien ministre de l'Éducation nationale. Le côté Est de la cour de l’établissement est traversé par des fils de haute tension. « Certes, toutes les normes internationales de hauteur sont respectées. Mais vous conviendrez avec moi qu’il y a danger. Il suffit qu’un fil tombe pour répandre le feu dans toutes les familles qu’il surplombe. Les normes préconisent qu'il faut s’éloigner de 15 mètres de part et d’autre des fils pour construire sans danger. Mais vous constatez que des propriétaires de titres fonciers sur la voie de la haute tension n’ont pas voulu respecter cette norme», relève Tiona Mathieu Koné.EDM-SA est consciente de la situation. Tout en déplorant la mort des innocents, le directeur de la communication, sans vouloir accabler quiconque, souligne le non respect des normes du plan d’urbanisation. «Il y a des gens qui ont trouvé les poteaux d’EDM sur place. Ils nous demandent de les déplacer. Ils oublient que cela a un coût puisqu’il faut modifier le tracé de la ligne. Ce travail entraîne forcément une augmentation de la longueur de fil utilisé », explique-t-il. « D’autres grignotent sur l’espace qui leur a été donné. Ils construisent des balcons qui empiètent sur l’espace public dans lequel sont implantés les poteaux transportant l’électricité». Le directeur chargé de la distribution de l’eau et de l’électricité, M. Djiteye raconte une anecdote qui illustre à suffisance toutes les difficultés d'EDM à faire respecter les normes par les propriétaires d’immeubles et de lots à usage d’habitation qui côtoient les circuits d’eau et d’électricité. Dans les années 70, EDM a installé le point focal de son réseau de distribution d’eau sur la colline du point G. De grosses conduites d’eau ont été posés à partir de l’actuel marché de Médina Coura pour ravitailler le château d’eau de la colline. Aujourd’hui, des bâtiments sont construits sur les tuyaux malgré des mises en garde et plusieurs rencontres avec les responsables de l'attribution des lots. Ces rencontres et ces mises en garde ne suffisent plus. Le responsable de la communication d'EDM, Tiona Mathieu Koné, rappelle que chaque année, pendant la période des pluies, des spots télévisés et des messages radios sont diffusés sur les différentes chaînes nationales et privées. Ces messages préviennent le public du danger à toucher les fils électriques ou même à les approcher à une certaine distance. Malheureusement, regrette-t-il, il y a toujours des accidents dont les victimes sont en général les enfants et les employées de maisons. Ces dernières ne résistent pas à la propension d’étaler le linge lavé sur les fils tendus à leur portée.» Ces fils n’étant pas recouverts d’une gaine, il va de soi que tout être vivant qui les touchent s’expose à l’électrocution. Pourquoi ne pas utiliser systématiquement des fils avec gaine ? La réponse des responsables de EDM est simple et claire : leur coût est très élevé. Mais ceux qui cohabitent avec des fils de moyenne ou haute tension peuvent les obtenir sur demande en supportant le surcoût. Ce travail spécial provoque des perturbations de plusieurs heures dans le secteur concerné. « Nous sommes prêts à faire face à ces désagréments si des clients veulent sécuriser leurs maisons en optant pour des fils avec gaine», annonce le directeur de la communication. Mais le public, lui, est-il prêt aussi ?
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