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Impact de la crise financière sur le secteur minier malien : DU BON ET DU MOINS BON
Certains parlent de crise sans précédent, tandis que d'autres jugent que le système financier mondial va droit dans le mur. Une chose est sûre,
la crise financière actuelle a et continuera d’avoir des conséquences graves sur l'économie internationale. Aussi bien au Nord qu'au Sud, le désastre financier n'épargne aucun pays. Ainsi de New-York à Tokyo, en passant par Londres, Paris, Rome, Berne jusqu'au Cap, les activités boursi ères tournent au ralenti et l'impact de la crise financière se fait sentir partout notamment sur les finances internationales. Conséquence, on assiste à des suppressions d'emplois à grande échelle, tant en Europe qu'en Amérique, en Asie ou en Afrique. Les secteurs les plus touchés, selon les spécialistes, demeurent le secteur automobile, le textile, le transport et les industries chimiques et agro-alimentaires. Certes, le continent africain en général et plus particulièrement notre pays, navigue aux marges extrêmes, sinon hors de ce circuit économique car le système boursier reste encore un domaine peu utilisé par nos sociétés et entreprises nationales.
LE COUP DE MASSUE. Pour autant, la crise financière n’indiffère pas nos compatriotes. Le politique aussi bien que le Malien lambda est conscient que la situation ne peut pas ne pas avoir d’impact sur notre pays. Peut-il en être autrement quand on sait l'économie malienne dépend lourdement d’une balance commerciale régulée par le poids des exportations de matières premières, notamment le coton et l'or ? Ces secteurs cotonnier et minier tiennent leur vitalité des flux de capitaux étrangers qui s'investissent dans notre économie nationale. Un rapport du ministère des Finances évalue ces investissements étrangers dans ces deux secteurs à plusieurs milliards de Fcfa. On imagine alors le coup de massue que les deux secteurs pourraient recevoir si ces capitaux se raréfiaient ou tarissaient. "Quand une économie doit sa vitalité aux investissements extérieurs, c'est normal qu'elle souffre lorsque les échanges de capitaux prennent un coup. Et c'est le cas pour le secteur minier, un domaine à capital intensif", explique Dialla Konaté, le directeur des opérations à la Compagnie centrafricaine minière et d'exploration (CAMEC). Celui-ci est convaincu que la crise financière actuelle aura un impact certain sur le financement du secteur minier, un secteur qui requiert de grosses mises financières apportées la plupart du temps par de grands consortiums étrangers. De 2005 à nos jours, les investissements extérieurs dans le secteur minier ont atteint environ 100 milliards de Fcfa, une somme qui a servi à l'achat des permis d'exploitation, mais aussi à la prospection et à l'implantation d’unités industrielles. Le directeur national adjoint de la Géologie et des Mines, Waly Diawara, estime que la somme est plus importante que cela car toutes les sociétés minières du Mali ne portent pas dans leur rapport le coût de leurs travaux. Pour la seule société RandGold Resources, les investissements annuels se chiffrent à 5 voire 7 millions de dollars, soit 2,5 à 3,5 milliards de Fcfa, indique son directeur général adjoint, Mahamadou Samaké "Sam".La dernière décennie a été marquée par un rush de capitaux étrangers vers le secteur minier de notre pays. La découverte de nouvelles mines potentiellement rentables, comme Loulo ou Tabakoto, la politique de diversification de ressources minières avec la découverte d'importants gisements de manganèse, de marbre, de bauxite, de fer et autres métaux et les facilités accordées par les pouvoirs publics, à travers un Code minier jugé attractif, ont permis d’attirer une manne financière importante vers l'économie nationale. La part des capitaux nationaux est presque inexistante dans le financement du secteur minier. Le peu d'intérêt des systèmes bancaires classiques pour un secteur jugé trop risqué ne favorise pas en effet la mobilisation des ressources financières nationales nécessaires à promouvoir les activités minières. Cette source exclusive de financement apparaît périlleuse dans un contexte de finances internationales plombées."Contrairement à ce qu'on peut penser, et cela malgré les potentialités minières existantes, le Mali n'est pas à l'abri de cette crise. C'est vrai, l'impact peut ne pas être direct. L'effet de la crise sera certainement échelonné. Car il y a des marchés qui réagissent plus vite que d'autres. Mais la crise appréciée du point de vue du secteur minier malien dominé par l'or, est d'abord économique. Les investissements et les crédits deviennent de plus en plus chers. C'est aussi une crise de la consommation qui concerne les métaux de base, c'est-à-dire tout ce qui entre dans les industries métallurgiques, notamment l'industrie automobile. Ce qui va engendrer forcement une baisse de consommation. Mais il y a un aspect positif dû au prix élevé de l'once d'or sur le marché international", analyse pour sa part l'ancien ministre de l'Énergie, des Mines et de l'Eau, Cheickna Seidy Diawara.
TIRER PROFIT DE LA CRISE. Le CAMEC qui est l'une des grandes sociétés mondiales de production de cobalt, en sait quelque chose pour avoir été contrainte de restreindre ses activités sous l’effet de la baisse de ses commandes, souligne Dialla Konaté. "Si on prend la crise sous l'angle de l'interconnexion économique entre l'Afrique et le reste du monde, il est évident que ce qui touche le Nord, touchera certainement le Sud. La crise va affecter l'économie de nos pays, à travers l'aide au développement qui pourrait diminuer de volume. Car les donateurs eux-mêmes ne sont pas épargnés. En ce qui concerne le secteur minier, en ce moment de crise, l'or devient par contre une valeur refuge. Les gens vont investir avant que le produit ne perde de la valeur. L'once (un peu plus de 31 gr) est estimée à environ 900 dollars (450 000 Fcfa). Quelque part, l'or en tant que commodité, pourrait permettre aux sociétés qui l'exploitent de tirer profit de la crise. Le Mali sortira gagnant de cette crise en mettant en place les éléments favorables pour qu'au sortir de la crise nous soyons à l'abri de toute forme de rupture", insiste Mahamadou Samaké. La stratégie de RandGold Resources mise sur le long terme. Actuellement, la société expérimente une nouvelle approche en accroissant ses investissements dans les projets futurs à Kiaka (Burkina Faso), Tongon (Côte d'Ivoire) et Massawa (Sénégal) dont les résultats pourraient être bénéfiques après la crise. C'est surtout au niveau de l'exploration que les problèmes pourraient se poser, estime « Sam ». En clair, précise-t-il, les sociétés seront amenées à revoir leur budget d'exploration à la baisse. Pour les petites sociétés qui n'ont pas de fonds propres, la situation pourrait être pire parce qu'elles n'ont que leur permis pour tenter de mobiliser des fonds sur les marchés boursiers. Une analyse que partage le directeur national adjoint de la Géologie et des mines, Waly Diawara, qui prévoit que les sociétés "juniors" souffriront beaucoup plus de la crise. La situation est complexe, constate le directeur des opérations de CAMEC, Dialla Konaté, qui explique qu'un projet minier se compose de trois segments principaux : l'avant-production (qui se décompose en phases d'exploration et de développement), la mise opérationnelle et enfin l'exploitation. Il est impératif, juge-t-il, de rationaliser le peu de ressources dont on dispose. C'est pourquoi les projets avancés vont avoir plus de chance d'être financés que des "Greenfield", c'est-à-dire ceux qui sont encore au tout début. Pour ces derniers, le retour sur investissement prendrait, en effet, trop de temps. L’impact serait, par contre, moindre à court terme pour les mines en activité.
L'EPICENTRE DES INVESTISSEMENTS. Le président de l'Union nationale des opérateurs miniers du Mali (UNOMIN), Siaka Diarrassouba, a une autre analyse de l’impact de la crise sur le secteur minier de notre pays. "Ce n'est pas une question d'argent. À mon avis, le secteur minier ne peut souffrir que d'une crise d'ordre organisationnel. Nous avons des potentialités avérées, une fiscalité qui pourrait être améliorée, il ne reste plus qu'une volonté politique pour soutenir le secteur en encourageant sa diversification", précise-t-il. Crise persistante ou non, opérateurs miniers, autorités et populations fondent de gros espoirs sur un secteur minier évalué à 15% du produit intérieur brut (PIB), avec plus de 100 milliards de Fcfa de contribution à l'économie nationale en 2008. En outre, l'or représente 70% des recettes d'exportation du pays, sans compter les 9000 emplois créés ces dernières années.L'avenir du secteur dépend d'une bonne politique promotionnelle de l'État va devoir mettre en place en favorisant, du point de vue des opérateurs miniers, une fiscalité qui se mesurera plutôt aux bénéfices générés par l'activité minière qu’aux revenus. Laissons le mot de la fin à Mamadou Samaké de RandGold Resources : le Mali a tout pour devenir l'épicentre des investissements étrangers en matière de recherche et d'exploitation de ressources minières dans la sous-région et, pourquoi pas, en Afrique.
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